J'ai commencé du mauvais côté du problème
Rabat, 2014, agence de communication. Je dessinais des interfaces que
d'autres intégraient, et je découvrais trois mois plus tard que la moitié
de mes intentions avaient disparu en route. J'ai appris à coder — non pas
pour devenir développeur, mais pour cesser de perdre en traduction ce qui
comptait. Cette compétence ne m'a jamais quitté ; elle a simplement changé
de fonction. Aujourd'hui elle ne me sert plus à produire, elle me sert à
estimer, à contester une estimation, et à savoir quand « c'est
compliqué » signifie « c'est cher » ou « je n'ai pas envie ».
Puis j'ai découvert que l'exécution n'est jamais le problème
2017, Digital Product Manager d'une plateforme e-commerce à 1,2 million de
visites mensuelles. Six personnes, une roadmap trimestrielle, un comité de
direction à convaincre tous les mois. J'y ai vu des ingénieurs excellents
construire parfaitement des fonctionnalités dont personne n'avait besoin —
parce que personne, en amont, n'avait écrit ce qu'on cherchait à obtenir.
C'est là que j'ai appris les trois choses qui font ce métier : écrire un
objectif avant une spécification, dire non à un directeur sans se faire
d'ennemi, et regarder les chiffres avant les avis, y compris le mien.
Ensuite j'ai répété la même phase, quarante fois
Depuis 2020, en indépendant, je suis intervenu sur une quarantaine de
produits : SaaS B2B, e-commerce, plateformes de réservation, applications
grand public. À chaque fois le même moment, celui de la décision —
comprendre le marché, écouter les utilisateurs, arbitrer ce qu'on construit
et surtout ce qu'on ne construit pas. Six ans de conditions différentes
m'ont donné quelque chose qu'un poste unique ne donne pas : un échantillon.
Je reconnais vite un problème d'offre déguisé en problème de produit, un
besoin exprimé qui n'est pas le besoin réel, une métrique qui monte pendant
que l'entreprise perd de l'argent.
Un mandat d'indépendant s'arrête au moment précis où le produit commence
à vivre. Je veux la suite.
Ce qui me manque aujourd'hui : la durée
Je livre une décision, je la mesure sur quatre-vingt-dix jours, et je pars
avant de savoir si elle tenait à douze mois. Je veux la suite : une équipe
stable, une roadmap que je porte sur plusieurs trimestres, des utilisateurs
que je réinterroge un an plus tard, et le droit de corriger mes propres
erreurs au lieu de les laisser à quelqu'un d'autre. C'est pour cela que je
cherche un CDI, et pas pour autre chose.