Mohamed Falahi Digital Product Manager

Une entreprise de 200 salariés invisible sur son propre métier

Atlas Logistique transporte et stocke des marchandises entre Casablanca, Tanger et l'Europe depuis 1998. Une réputation solide dans la profession, et un site web qui recevait neuf demandes par mois — dont deux exploitables.

ATLAS

Contexte
Logistique B2B — 200 salariés, Casablanca
Rôle
Product Manager, rattaché au directeur général
Équipe
1 rédacteur · 1 développeur · 2 commerciaux
Durée
7 semaines, puis 12 mois de suivi — 2024

Ce que j'ai porté — l'analyse du marché et des requêtes réelles des acheteurs, les entretiens avec les commerciaux et trois clients, la définition du critère de qualification d'une demande, l'arbitrage éditorial et le suivi des métriques sur douze mois.
Ce que je n'ai pas fait — la rédaction des pages (rédacteur), le développement (développeur), la relance commerciale (équipe commerciale).

01 — Contexte

Le problème

Toute la croissance venait du bouche-à-oreille et d'une force commerciale de six personnes. Un modèle qui fonctionnait, mais qui plafonnait : le coût d'un nouveau client dépassait 3 000 € en temps commercial, et les concurrents récents captaient les recherches en ligne.

Le site existant, mis en ligne en 2016, décrivait l'entreprise. Il ne répondait à aucune des questions que se pose un directeur logistique en train de chercher un prestataire.

Ce que disaient les chiffres

  • Trafic organique : 3 100 visites par mois, dont 68 % sur des recherches de marque.
  • Positions dans le top 10 : 14 mots-clés, aucun à intention commerciale.
  • Neuf formulaires par mois, deux qualifiés. Un formulaire de 11 champs.
  • LCP mobile : 6,1 secondes. 240 erreurs d'exploration dans la Search Console.
  • Aucune page dédiée aux services : tout tenait sur une page « Nos activités ».

L'entreprise n'avait pas un problème de notoriété. Elle avait un problème de structure : aucune page ne correspondait à une recherche réelle.

02 — Recherche

Ce qu'on a appris

Deux journées passées avec les commerciaux à écouter des appels entrants, une analyse sémantique de 1 400 requêtes, et six entretiens avec des clients récents sur leur processus de sélection.

Les décideurs cherchent des situations, pas des services

Personne ne tape « société de transport ». On tape « transport frigorifique Casablanca Espagne », « stockage sous douane Tanger Med », « délai dédouanement textile Maroc France ». Chaque requête décrit un problème précis, et méritait sa propre page.

La décision se prend en amont du contact

Les six clients interrogés avaient consulté trois à cinq prestataires en ligne avant d'appeler le premier. La sélection s'était faite sur des critères vérifiables : certifications, capacités de flotte, couverture géographique, délais annoncés. Aucun de ces éléments n'était publié.

Le formulaire décourageait les bons prospects

Onze champs, dont le numéro de registre de commerce et le tonnage annuel estimé. Les prospects sérieux n'ont pas ces informations sous la main en phase de repérage. Le formulaire ne filtrait pas : il repoussait.

03 — Solution

Les décisions

Une architecture calquée sur les intentions de recherche

Quatorze pages de service, organisées par couple métier × destination : transport frigorifique, groupage, stockage sous douane, logistique e-commerce, chacune déclinée sur les axes Maroc, Espagne, France. Chaque page répond à une intention unique, avec son propre titre, sa propre preuve et son propre appel à l'action.

La preuve rendue publique

Certifications ISO et OEA, composition de la flotte, surfaces d'entreposage, délais moyens constatés par corridor, taux de livraison dans les temps. Ces informations, jusque-là réservées aux réponses d'appels d'offres, sont devenues le cœur des pages de service.

Un formulaire ramené à quatre champs

Nom, entreprise, e-mail, besoin en une phrase. La qualification se fait ensuite, par un appel de dix minutes. Le formulaire long a été conservé pour les demandes de cotation détaillée, en seconde étape volontaire.

Un socle technique reconstruit

Site statique en HTML, CSS et JavaScript natifs, servi via un réseau de diffusion de contenu. Données structurées Organization, Service et FAQPage. Plan de site propre, 240 erreurs d'exploration corrigées, 61 redirections permanentes depuis les anciennes URL pour préserver l'historique.

Un plan éditorial de douze mois

Vingt-quatre articles ciblant des requêtes informationnelles en amont de l'achat : réglementation douanière, calcul du coût au kilomètre, choix entre groupage et lot complet. Chacun relié aux pages de service par un maillage interne pensé, pas automatique.

Ce qui n'a pas fonctionné

Un simulateur de coût de transport en ligne, développé au troisième mois. Utilisé 340 fois, il n'a généré que quatre demandes : les prospects obtenaient leur estimation et repartaient. Remplacé par un guide téléchargeable contre e-mail, qui a produit 180 contacts en six mois.

03 bis — Arbitrage

Ce que nous n'avons pas fait

Renforcer la force commerciale

La réponse habituelle de l'entreprise à un besoin de croissance, et la première proposée en réunion. Le coût d'un nouveau client dépassait déjà 3 000 € en temps commercial : ajouter des commerciaux revenait à acheter la croissance au prix fort, sans traiter la raison pour laquelle les acheteurs ne trouvaient pas l'entreprise. Écarté.

Enrichir la page « Nos activités » plutôt que créer quatorze pages

Plus rapide, moins coûteux à maintenir. Écarté après l'analyse sémantique de 1 400 requêtes : personne ne cherche « société de transport », on cherche « stockage sous douane Tanger Med ». Une page ne peut pas répondre à quatorze intentions différentes — le critère n'est pas le service, c'est la recherche.

Supprimer complètement le formulaire long

La conclusion facile après avoir constaté que onze champs repoussaient les bons prospects. Écartée : les demandes de cotation détaillée ont réellement besoin de ces informations. Le formulaire long a été conservé en seconde étape volontaire, après le contact — la friction n'était pas le nombre de champs, c'était leur position dans le parcours.

Outils

Ce qui a servi

FigmaSearch ConsoleGoogle Analytics 4Looker StudioNotionSchema.orgIA générative (plans d’articles)

04 — Le relevé

Avant, après, écart

Mesures relevées douze mois après la mise en ligne. Sources : Search Console, Google Analytics 4, CRM interne. Aucun budget publicitaire engagé sur la période.

Trafic organique mensuel 3 100 0 × 3,2
Mots-clés positionnés dans le top 10 14 0 +1 229 %
Demandes entrantes par mois 9 0 +422 %
Demandes qualifiées par mois 2 0 × 9,5
LCP mobile 6,1 s 0 s −85 %
Coût d'acquisition d'un nouveau client 3 100 € 0 −76 %

« Nous avions un site. Nous avons maintenant un canal d'acquisition. La différence tient en une phrase et en 47 demandes par mois. »

Youssef Amrani, directeur général

05 — Apprentissages

Ce que j'en retiens

  • Une page par intention, jamais une page par service. Le même service décliné sur trois corridors géographiques justifie trois pages, parce qu'il correspond à trois recherches différentes.
  • La preuve interne vaut de l'or à l'extérieur. Les données réservées aux appels d'offres étaient exactement ce que cherchaient les prospects en ligne. Les publier n'a rien coûté.
  • Un formulaire court ne dégrade pas la qualité. Le taux de qualification est passé de 22 % à 40 % en supprimant sept champs : les prospects sérieux répondent au téléphone, pas au formulaire.
  • Un outil gratuit doit créer une dette, pas la solder. Le simulateur donnait la réponse et fermait la conversation. Le guide ouvrait une relation.

Prochaine étape

Une question sur ce cas ? Vingt minutes suffisent.

Les arbitrages qui ne tiennent pas dans une page — les contraintes, les désaccords, ce que je referais autrement — se racontent mieux de vive voix. Disponible sous un mois, en CDI.